Erotika : notre positionnement, expliqué (4/4)
Où se situe Erotika
Le profit d'un côté. Les gens de l'autre. Reste à savoir où se place, concrètement, une boutique.
Une ligne, pas un camp
Les deux articles précédents ont posé les deux bouts d'une même ligne : d'un côté, une industrie qui a fait du profit sa seule boussole (article 2/4) ; de l'autre, des structures qui résistent à cette logique, au prix d'une grande précarité (article 3/4). Entre les deux, la quasi-totalité du commerce lié au plaisir — sex-shops compris.
Ce qui distingue vraiment un modèle de l'autre n'est jamais une question d'image de marque. C'est une question de structure : ce que l'entreprise fait de ses marges, la sécurité réelle de ses produits, les techniques de vente employées.
Il n'existe, à ce jour, aucune norme obligatoire spécifique à la sécurité des sex-toys en France ni dans l'Union européenne. La première norme internationale dédiée, l'ISO 3533 (2021), reste volontaire — les fabricants peuvent choisir de ne pas s'y conformer. Seule règle contraignante générale : la limite de 0,1 % de phtalates s'appliquant aux jouets, étendue par extension aux sex-toys (sources : ISO 3533:2021 ; réglementation européenne sur les phtalates). Ce vide ne veut pas dire que tous les acteurs du secteur en profitent — beaucoup choisissent, individuellement, d'aller au-delà du minimum légal. Mais rien ne les y oblige structurellement.
Ce qu'Erotika choisit de faire
Concrètement, Erotika choisit une communication transparente sur ses marges, et reverse 5 % de ses bénéfices à des actions de sensibilisation au consentement et à une sexualité sans discriminations pour les adultes — un engagement documenté, pas seulement déclaratif.
Le RESS : encastrer la sexualité dans la société
Erotika compte, avec Les 3 Oui, parmi les structures fondatrices du RESS, le réseau des entreprises de l'économie sociale et solidaire. Sa raison d'être : porter un plaidoyer commun pour qu'une part croissante de l'économie du plaisir cesse d'extraire la sexualité de tout ancrage social pour la remettre, au contraire, au service des gens — ce que les chercheurs en sciences sociales appellent parfois "encastrer" une activité économique dans la société, plutôt que de la laisser s'en détacher.
Un point de rigueur s'impose ici : ni Erotika ni Les 3 Oui ne portent aujourd'hui, au sens légal, le statut d'entreprise de l'économie sociale et solidaire — les deux marques restent portées par une société classique. C'est précisément la direction que le RESS défend, à partir d'un travail de fond nourri par la recherche académique. Pour aller plus loin sur ce terrain théorique, la démarche du RESS est détaillée sur son propre site.
Ce qui reste de cette série
Une sexualité au service du profit maximise l'attention, pas le bien-être. Une sexualité au service des gens part du vécu réel des personnes, redistribue une partie de ce qu'elle génère, et accepte d'être transparente sur ses choix. C'est cette ligne, plus qu'un secteur en particulier, qu'Erotika a choisi d'occuper.
Sources citées dans cet article
- ISO 3533:2021 — Products intended for sexual use — Requirements and test methods. — iso.org
- ComplianceGate, Sex Toy Safety Standards & Regulations in the European Union: An Overview — compliancegate.com
Article précédent (3/4)
La sexualité au service des gens : la vision de l'ESS