Erotika : notre positionnement, expliqué (1/4)
Une sexualité au service du profit, ou au service des gens
Deux manières d'appréhender la sexualité, deux modèles économiques différents. Voici le positionnement d'Erotika.
Administrer une sexualité omniprésente
La sexualité est une dimension centrale de l'être humain tout au long de la vie (OMS) et circule, se transmet, s'échange de multiples façons. Cinéma, séries, réseaux sociaux, publicité, pornographie : autant de sources qui construisent, jour après jour, une représentation de la sexualité — basée sur le consentement, la déculpabilisation et le plaisir… ou pas ?
Le mot « économie » vient du grec oikonomia : l'art de gérer ou d'administrer une maison, un foyer (oikos = maison, nomos = loi, règle). Au sens propre, faire l'économie de quelque chose, c'est décider comment on le gère — pas seulement combien il rapporte.
Quelles représentations avons-nous de la sexualité, et de ce que nous interprétons comme sexuel ?
L'économie de la sexualité, comprise comme la gestion de cette dimension inhérente à l'être humain, ne se limite donc pas à savoir si l'argent sert d'abord un profit individuel, ou l'utilité sociale du plus grand nombre. Elle façonne aussi la représentation même de la sexualité — ce qu'on montre, ce qu'on tait, ce qu'on finit par considérer comme normal.
Trois types d'acteurs se disputent, chacun à sa manière, cette gestion :
- le marché, qui vend ;
- l'État, qui régule ;
- l'économie sociale et solidaire (ESS), qui résiste à la seule logique de rentabilité pour mettre l'humain et l'utilité sociale au centre.
Porno : la sexualité mainstream, au service du profit
La pornographie en ligne occupe plus d'un tiers du flux d'internet et elle reste une source d'information sur la sexualité pour beaucoup de personnes, notamment les jeunes. Le rapport annuel sur l'état des lieux du sexisme en France signale que 41 % des jeunes hommes de 25 à 35 ans considèrent la pornographie comme « une aide pour les premiers rapports sexuels ». Dans cette même tranche d'âge, 64 % déclarent que la pornographie « donne envie de reproduire les gestes sexuels observés ».
Mais qui sont les acteurs économiques derrière cette industrie, et quel est l'impact de ce modèle économique sur nos représentations de la sexualité ?
La France est le premier pays d'Europe consommateur de contenu pornographique en ligne, et le deuxième pays consommateur au monde, juste derrière les États-Unis.
La violence derrière l'industrie du porno en ligne n'est pas une opinion marginale : c'est l'État français lui-même qui la qualifie ainsi. Le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes relève que des violences physiques et sexuelles sont présentes dans 90 % des contenus pornographiques en ligne les plus consultés.
Le modèle économique précis qui produit ces effets est détaillé dans l'article 2/4.
Une autre sexualité, non rentable
Face à ce même sujet, des structures résistent à la seule logique de rentabilité : gouvernance démocratique, lucrativité encadrée, utilité sociale. Sur le terrain, ce sont largement des associations de l'économie sociale et solidaire qui portent l'essentiel des actions de sensibilisation à la sexualité, pour les jeunes comme pour les adultes — une force précieuse, mais structurellement précaire.
Ces structures promeuvent des notions comme le consentement, la liberté de choix et la non-discrimination — des piliers que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) associe directement à la santé sexuelle, qu'elle définit comme la possibilité de vivre des expériences sexuelles agréables et sûres, exemptes de coercition, de discrimination et de violence.
Cette vision, et pourquoi elle change concrètement la manière de parler de sexualité, est développée dans l'article 3/4.
Où se situe Erotika
Un café associatif, une banque éthique, une recyclerie de quartier ou une plateforme de covoiturage coopératif : des structures qui n'ont, en apparence, rien en commun, mais qui partagent les mêmes valeurs. Existe-t-il un équivalent pour la sexualité et la commercialisation du plaisir ?
C'est la question à laquelle répond l'article 4/4, qui conclut cette série en présentant la place qu'Erotika occupe concrètement sur ce marché — et le réseau qu'elle contribue à faire exister.
Sources citées dans cet article
- Organisation Mondiale de la Santé — Santé sexuelle
- Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, Pornocriminalité, 2023 — haut-conseil-egalite.gouv.fr
- Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, Rapport annuel 2024 sur l'état des lieux du sexisme en France. Lien ici.
- Sénat (2022). Porno : l'enfer du décor. Rapport d'information n°900 (2021-2022), Délégation aux droits des femmes. — senat.fr
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La sexualité au service du profit : le cas de la pornographie